Harcèlement de rue : les femmes lyonnaises victimes de violences

Vendredi soir, un jeune homme de 17 ans aurait été passé à tabac place Bellecour, à Lyon, pour avoir défendu des jeunes filles harcelées par un groupe d’individus. Cette information ne doit pas cacher une réalité plus générale, sombre, pour les femmes et l’ensemble de la population lyonnaise. 

Le monde post confinement n’apparaît pas comme idyllique. La place des femmes est toujours fortement contestée dans l’espace public, aujourd’hui plus que jamais. Depuis de nombreux mois, des voitures puissantes circulent à pleine vitesse dans les rues de Lyon, brisant le calme des soirées. Les incidents sont nombreux, et déjà, en juillet, une jeune femme, aide-soignante, avait été mortellement victime de ces démonstrations de testostérone. 

Du vendredi au dimanche soir, il est impossible aux femmes, même en groupe, de traverser Lyon sereinement. Des hommes, jamais seuls, interpellent lourdement, puis insultent les piétonnes lyonnaises. 

Les rodéos motorisés, dangereux pour tous, sont prétextes à un harcèlement évident, systématique et souvent violent, juste parce ces femmes, qu’elles soient jeunes ou pas, seules ou pas, sont dans la rue.

L’espace public lyonnais semble confisqué par certains hommes. 

Si être piétonne à Lyon est aujourd’hui difficile, c’est bien la tranquillité publique de tous qui est problématique. Si les premières victimes sont les femmes, la loi du plus fort s’installe doucement et chasse la loi républicaine. 

Ces incidents et drames sont largement instrumentalisés par les porte-parole régionaux de l’extrême droite pour déverser leur haine contre des populations issues d’Afrique du Nord et largement stigmatisées par ailleurs. L’attitude en cause dépasse très largement les cultures méditerranéennes, et concerne aussi les plus de 40 ans, et l’heure n’est pas à rajouter de la violence. 

Le sujet est grave et plus complexe : la place des femmes conditionne la tranquillité de tous dans l’espace public, et agir sera plus concret, que se tromper de boucs émissaires. 

Depuis la loi n° 2018-705 du 3 août 2018, le harcèlement de rue est condamné. L’insulte est condamnée, la pression physique est condamnée, les violences corporelles sont sanctionnées. L’arsenal législatif existe, il ne s’agit pas ici de demander opportunément une nouvelle loi dont le seul but serait de montrer la réactivité de tel ou tel ministre. Il s’agit pour la société, pour l’État, de montrer la force des pouvoirs publics pour imposer la sécurité.

Cette place des femmes à conquérir dans l’espace public ne se réglera pas, par une opportune délibération municipale imposant l’écriture inclusive. A tous les niveaux, l’action conjuguée des différents acteurs publics est nécessaire. Chacun, dans son champ de compétences, doit agir. Les propriétaires, les loueurs de ces véhicules doivent être interrogés quant à leurs responsabilités. L’espace public lyonnais doit être repensé, adapté, travaillé, humanisé, les acteurs économiques doivent être mobilisés, et enfin, les forces de l’ordre doivent agir. C’est bien la conjugaison de ces facteurs qui apaisera l’espace public et en fera un espace partagé.

La pression à l’encontre des femmes, exacerbée depuis la fin du confinement, est réelle. Face à l’ambiance violente dont chacun et chacune est victime, il s’agit ici, ni plus ni moins, de permettre à toutes et tous de recouvrer une vie sociale sereine. Ensemble. 

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